Review VO : Teenage Mutant Ninja Turtles Villain Micro-Series #6 : Hun

55.1

Le méchant dans le comic-book est bien souvent une source de fascination pour le lecteur, peut-être bien plus que le(s) héros. Le héros, de part le symbole qu’il incarne, semble inaltérable, incorruptible, il est héroïque parce que c’est sa nature profonde et loin de fasciner (ce qui n’est pas péjoratif), il en devient admirable, parfois même une source d’inspiration. Pour le super-vilain, il en va tout autrement. Il nous est d’abord présenté comme une figure déshumanisée, parfois aussi manichéenne que le héros, nous renvoyant à ce que l’on exècre jusqu’à ce que la fameuse « origin story » détruise l’image que l’on avait de la némésis, nous présentant un personnage tout en nuances. Vient alors le plus intéressant, le moment où tout a basculé, où l’homme ordinaire a cédé la place à une monstruosité faisant de ce numéro une très belle élégie chantant les derniers vestiges d’une humanité perdue.

TMNT Villain Micro-Series #6 : Hun. A priori, ce n’est pas le titre le plus attirant, juste derrière celui sur Stockman. Franchement, qui s’intéresserait à une brute épaisse sans grande profondeur apparue dans la (malheureusement) très impopulaire série de 2003. Si le personnage a bien entendu fini par être adapté dans les pages de Mirage Comics, force est de constater qu’il n’a pas marqué le grand public, aussi seuls quelques irréductibles se rappelleront du chef du Purple Dragon, bras droit de Shredder. Heureusement, TMNT #25 est passé par là et a enfin donné à Hun sa place et sa légitimité au sein du Turtleverse, de quoi titiller suffisamment l’intérêt des lecteurs pour se jeter sur cette issue pleine d’ironie.

Au scénario nous retrouvons Ben Epstein et Mike Costa qui maîtrisent parfaitement le sujet puisque c’est également à ces deux auteurs que l’on doit la Micro dédiée à Casey. Au programme, rien de spectaculaire, pas d’affrontements avec des mutants ni de voyages à travers la Dimension X. Non, ici tout ce que nous trouverons, c’est la renaissance d’un homme. La première page est juste parfaite, montrant toute la simplicité et l’intelligence de ce numéro : Nous assistons à une réunion d’alcooliques anonymes où Arnold Jones, le père de Casey, se rend afin de partager ses expériences ainsi que le nouveau tournant qu’a pris sa vie lorsqu’il a décidé de mettre un terme à son addiction. Se met alors en place l’écriture brillante de Costa et Epstein qui narre deux récits à la fois, celui d’un type banal se reprenant en main et l’autre, adressé au lecteur, du renouveau du Purple Dragon en tant qu’organisation criminelle. Si les lignes de narration prêtent à sourire, on laissera cependant vite tomber l’ambiguïté pour se plonger dans le récit d’origine. Quant aux premières pages, elles ne révéleront rien de nouveau aux lecteurs de la première heure mais nous entrons rapidement dans la partie la plus intéressante lorsque Leonardo, toujours manipulé par le Foot Clan, amènera Arnold devant Shredder. Ici on regrettera peut-être qu’il ne soit fait aucune mention des précédentes altercations qu’a eu Arnold avec une tortue mutante mais ça, c’est juste un détail, revenons au principal … Quand on voit l’épave qu’était devenu le père de Casey (se faire castagner deux fois par une tortue et un rat, c’est pas franchement engageant), on peut légitimement se demander comment, en moins de 24 pages on va en faire de nouveau le chef craint et respecté qu’il était autrefois. Une bagatelle pour le docteur Shredder ! Quelques piqûres de mutagène et voilà, Hun est de retour !

Ce passage est capital dans TMNT VMS #6, l’échange entre Hun et Shredder, bien que ressenti comme une victoire pour le père de Casey, signe son plus grand échec. Mike Costa et Ben Epstein, le temps de quelques pages, deviennent le Pierre Corneille du comic-book, mettant en scène des personnages tragiques dans une situation comique et Hun devient un nouveau pion manipulé par Shredder. En effet quoi de plus pathétique pour le personnage que de travailler pour l’homme qui a éventré son fils unique ? Un acte d’allégeance qui aura certainement de lourdes répercutions dans City Fall, autant pour les Jones que pour Shredder.

Du côté des dessins, on retrouve Mike Henderson, qui a suivi ses deux comparses pour cette nouvelle fournée de Micro, dont le coup de crayon épouse à merveille la narration. La dichotomie de l’œuvre est parfaitement illustrée et l’on voit bien la différence de tonalité entre l’ancien alcoolique et le chef de gang. Mention spéciale pour les deux dernières cases, on en viendrait presque à se joindre aux personnages pour applaudir ! 

« I guess I’ve done some bad things. But I’m not a bad guy. » Ces deux phrases résument bien cette nouvelle incarnation de Hun. Pitié ou empathie, au final on sait pas vraiment ce qu’on doit ressentir mais ranger le personnage dans la catégorie des « Villains » semble un peu fort. Ce que l’on découvre ici, ce n’est pas l’un des traditionnels méchants de la série mais un père qui souhaite protéger son fils en prenant malheureusement la mauvaise décision. De quoi nous offrir un magnifique drame familiale dans les prochains épisodes ! En somme, une bien belle surprise que ce numéro sur Hun qui, en terme de style et d’écriture, est probablement ce que l’on a eu de meilleur sur cette mini-série !

Advertisements
Cet article, publié dans Comics VO, Reviews, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s